La Délibération CoLGF — deux mondes, un sas

Une organisation qui grandit finit toujours par mélanger deux choses qui n'ont rien à voir : ce qu'on fait et ce qu'on décide au nom des autres. Le militant qui monte un atelier et l'élu qui parle pour dix mille personnes ne relèvent pas du même régime — pourtant, dans la plupart des mouvements, ils habitent la même arborescence, avec les mêmes titres et les mêmes droits.

Nous les séparons. Il y a chez nous deux mondes, et un sas entre eux — pas une porte : un sas, où l'on entre, où la porte se referme derrière, et où l'on n'avance que si l'on a été voté.

Deux mondes séparés — le monde du travail et le monde politique — reliés par un sas : on y entre, la porte se referme derrière, le plébiscite a lieu, et l'autre porte s'ouvre. C'est une Prop qui traverse ; l'opération reste chez elle.
Le monde du travail, ouvert à tous et sans officialité ; le monde de la représentation, réservé aux formations politiques. Entre les deux, un sas : on y entre, la porte se referme derrière, et l'autre ne s'ouvre qu'après le plébiscite. Ce qui traverse est une Prop — l'opération qui la contient, elle, reste chez elle.

1. Le registre du citoyen, antérieur à toute politique

Avant d'être de quelque bord que ce soit, une personne est quelque part. Elle habite une commune, qui appartient à une circonscription, qui appartient à un département. Ce rangement-là ne demande aucune opinion, et nous le tenons séparément de tout le reste.

Le registre ne connaît ni parti, ni tendance, ni engagement. Il remplit des cases — département, circonscription, myriade, centurie, commune — et il compte les cases pleines. C'est tout ce qu'il fait.

On peut y figurer de deux façons : dans une formation, ou en électeur libre — comme il existe des candidats libres. La seconde n'est pas une case d'attente : c'est une position pleine et entière.

Pourquoi tenir ce registre à part, alors qu'on pourrait compter les gens dans leurs groupes ? Parce que c'est le seul endroit où chacun n'apparaît qu'une fois. Une personne peut travailler dans trois ateliers, participer à quatre projets, suivre deux campagnes — et elle n'habite qu'une commune. Tout dénombrement fait ailleurs compterait certains deux ou trois fois, et donnerait un poids faux à qui parle en leur nom.

Le registre range chaque citoyen dans une seule case — département, circonscription, myriade, centurie — puis les affiliations s'ajoutent sans le déplacer.
Le registre remplit des cases et les compte. Les affiliations — une formation ou l'électorat libre, et autant de campagnes qu'on veut — viennent après, et ne déplacent personne de sa case.

2. Deux mondes, et ils n'ont pas la même officialité

 Le monde du travailLe monde de la représentation
On y trouve des équipes, des projets, des opérations, des dispositifs la centurie, la myriade, puis les émissaires
Officialité aucune — c'est de l'outillage, du travail militant ou associatif pleine : un poids quantifié, utilisable dans un vote
Qui en dispose tout le monde — une entreprise, une communauté, une association l'ont aussi les formations politiques seules

La conséquence est nette, et elle nous évite une confusion que d'autres ne s'épargnent pas : une entreprise n'a ni centurin ni myriarque. Ces mots n'ont aucun sens chez elle. Elle a des équipes et des projets, comme tout le monde ; elle n'a pas de représentation politique, et rien dans nos outils ne lui en donnera l'apparence.

Le centurin est le plus petit échelon reconnu : le premier dont le poids est quantifié, et donc le premier qui peut compter dans un scrutin. Le myriarque est le plus large : au-delà, il n'y a plus de représentation mais des émissaires — c'est l'objet de l'échelle des groupes et la distance au peuple.

En dessous du centurin, on ne représente personne. On fait quelque chose. Ce n'est pas une dévaluation : c'est ce qui rend le travail libre.

3. Le sas territorial militant — de l'individuel au collectif

Il y a chez nous deux sas, et ils ne mènent pas au même endroit. Le premier, celui-ci, reste entièrement dans le monde du travail : on y passe d'un projet porté par une personne à un projet porté par un groupe, et rien n'y devient officiel. Le second — le sas de plébiscite ICR, plus bas — est le seul qui franchisse la frontière entre les deux mondes.

Nous disons un sas, et non une porte, parce qu'une porte se franchit d'un pas : on la pousse, on est passé. Un sas a deux portes, et elles ne sont jamais ouvertes en même temps. On entre, la première se referme, le dossier est tenu là — et c'est seulement dans cet intervalle que le groupe se prononce. Ce n'est qu'ensuite que la seconde s'ouvre. Ce qui ressort n'est donc jamais ce qui s'est présenté : c'est ce qui a été voté.

Ce qui se présente : toujours le même dossier

Une seule structure avale tout : une démonstration SBDFMS et une pièce jointe — qui peut être un projet de loi, un logiciel à proposer, une démonstration accompagnée de données. Un projet à peine posé et un projet déjà très monté ont donc le même contenant ; ce qui les distingue est leur maturité, pas leur nature.

Ce n'est pas la nature de la chose qui change d'un monde à l'autre, c'est le sas qu'elle franchit.

À gauche un projet individuel : un dossier SBDFMS avec sa pièce jointe. Au centre un sas dont les deux herses ne sont jamais ouvertes en même temps, le temps que le groupe se prononce. À droite trois sorties : chef d'équipe, délégué, ou le retour de l'idée qui mûrit dehors.
Le sas territorial militant. Le dossier est tenu là le temps du vote, et ce qui ressort n'est jamais ce qui s'est présenté. Trois sorties, et aucune n'est la mort de l'idée.

Qui porte le projet : chef d'équipe ou délégué

Un projet n'arrive jamais dans le même état. Tantôt quelqu'un a déjà beaucoup travaillé et vient avec une chose structurée ; tantôt l'idée est à peine posée et le groupe s'en saisit. Le titre de celui qui la porte suit cette différence, au lieu de l'écraser.

Le projet est…Il est porté par…
déjà structuré, avec un travail substantiel derrière lui un chef d'équipe (CE) — celui qui a fait le travail le mène
civique, repris par le groupe un délégué (DLG) — le groupe mandate quelqu'un pour le porter en son nom

Il n'y a pas de chef d'un projet que le groupe porte : il y a un délégué. Le mot « chef » ne subsiste que là où il est vrai.

Et si le groupe n'en veut pas ?

Alors l'idée ne meurt pas. Celui qui y tient la poursuit avec ceux qui le suivent, hors du circuit collectif — et il revient la proposer une fois qu'elle a mûri, cette fois en projet porté par une personne.

Un groupe ne peut pas enterrer une idée par inertie. La seule chose qu'il puisse faire, c'est ne pas la porter aujourd'hui. C'est peu de chose à écrire, et c'est ce qui distingue une organisation vivante d'un appareil.

Tout cela se passe dans le monde du travail : équipes, projets, opérations, dispositifs. C'est là aussi que se votent les Ops — la veille territoriale, la carte, les actions civiques de terrain. Une Ops s'organise et se décide chez ceux qui la mènent ; elle ne franchit pas la frontière. Ce qui la franchit, ce sont les Props — et une Ops est justement un groupe de Props : c'est le contenant qui reste, et le contenu qui voyage.

4. Le sas de plébiscite ICR — par où l'on entre dans le politique

Une proposition — une Prop — naît dans le monde du travail, sans officialité. Le jour où ceux qui l'ont faite veulent qu'elle compte, elle se présente au second sas. Et là, une seule chose décide : non pas qui la porte, mais ce que le thème a réellement constitué.

une Prop naît dans le monde du travail (aucune officialité) | | le thème la plébiscite — 75 % v elle entre dans le politique À L'ÉCHELON QU'ON A REMPLI

Ce sas est remontant. Le député est en haut ; on entre en bas, à l'échelon où la Prop a été portée, et on monte. Personne n'est déposé au sommet par un titre : on entre là où l'on est réellement quelqu'un.

Pourquoi ICR, et non RIC

L'Initiative Citoyenne Remontante est notre marque de fabrique, et le sigle est choisi contre un autre : le RIC, le référendum d'initiative citoyenne popularisé par Étienne Chouard et repris par le mouvement des Gilets jaunes.

Nous en gardons l'initiative citoyenne — l'idée que le peuple puisse mettre lui-même une question sur la table, sans attendre qu'on la lui pose. Nous en refusons le référendum.

Un référendum national se gagne dans les médias, et les médias ne sont pas répartis comme les électeurs. Donner à un peuple le droit de trancher par oui ou non, dans un espace d'information tenu par quelques propriétaires, ce n'est pas lui donner le pouvoir : c'est donner à ceux qui tiennent l'information le pouvoir de fabriquer sa réponse. L'outil a l'air démocratique et il fonctionne comme un amplificateur — il rend décisif celui qui parle le plus fort.

D'où le renversement, qui est tout notre propos : par le bas, et non par le haut. Une question qui monte d'une commune a été discutée par des gens qui se connaissent bien avant d'atteindre l'échelle où la propagande devient rentable. À chaque étage, il faut convaincre des pairs, et pas une audience — et il faut les convaincre en nombre suffisant pour remplir un échelon. La montée elle-même est le filtre, et c'est un filtre que l'argent d'antenne n'achète pas.

Nous désactivons ce qui inquiète dans le RIC, et nous gardons l'initiative citoyenne. Ce n'est pas un procès fait à ceux qui défendent le RIC : le désaccord porte sur l'ordre des opérations, pas sur l'intention. Le référendum reste ce qui tranche ; l'ICR est ce qui l'amène — et ce qui décide s'il mérite d'exister.

L'aiguillage : la seule question qui décide de l'entrée

La centurie thématique est-elle pleine ?

Ce que le thème a rempliQui voteOn entre dans le politique par…
rien de plein — une demi-centurie, seule dans sa myriade, myriade non activée, sans myriarque l'équipe la centurie politique — elle y montre son projet d'abord
centurie thématique PLEINE tout le thème, pas centurie par centurie la myriade politique
myriade thématique PLEINE le thème on envoie un émissaire

La règle est la même aux deux étages, et c'est ce qui la rend apprenable : on ne franchit rien tant que le niveau n'est pas plein. Une myriade thématique pleine vaut une myriade politique — il y a assez de gens sur le sujet pour que ça mérite un émissaire. C'est la même sortie, elle passe simplement par l'autre porte.

Et si un thème est assez gros pour compter plusieurs myriades sur le même thème, ce n'est pas une marche de plus : elles votent ensemble, et la sortie ne change pas.

Deux colonnes qui se lisent de bas en haut. À gauche le thème : une équipe, puis une centurie thématique pleine, puis une myriade thématique pleine. À droite le monde politique : centurie politique, myriade politique, émissaires, et tout en haut la portée devant le député. Trois passages relient les deux colonnes à la même hauteur.
Le sas de plébiscite ICR, remontant : on entre dans le monde politique à l'échelon qu'on a réellement constitué, et ça monte. En bas, les trois seuils — plébiscite consensuel, acceptation, refus ferme.

Gagner le vote de son équipe ne donne le droit à rien

Rien, sinon celui d'essayer devant la centurie politique si l'on n'a pas réussi à remplir une centurie thématique. Ce « sinon » n'est pas une consolation : c'est l'autre chemin. Un plancher à cent bloquerait tout mouvement naissant — dix militants actifs dans un département ne rempliront jamais une centurie thématique, et ils ne sont pas bloqués pour autant : ils entrent par leur centurie politique, qui dans un petit groupe est le groupe entier.

Un échelon sans titulaire n'est pas un échelon. Une myriade sans myriarque n'est pas une petite myriade : ce n'est pas une myriade. Elle existe dans la structure, vide de fonction — ce qui empêche un groupe de dix de se déclarer myriade et de sauter un étage. Et cela se vérifie sans compter personne : il y a un myriarque, ou il n'y en a pas.

Enfin, dès qu'un thème dépasse une centurie, on ne vote pas boîte par boîte : tout vote est proposé à tous les gens du thème. On y est par intérêt et non par territoire — il n'y a aucune raison de les découper.

Ce que donne un vote : deux paliers, et un refus qui coûte

PalierSeuilCe que ça vaut
plébiscite consensuel≥ 75 % du quorum atteint quasiment tout le monde est d'accord — ça monte
acceptationmajorité simple ça passe, rien de plus — l'atelier continue
refus fermemoins de 50 % on revoit toute la copie, retour au cycle prochain

Le seuil requis n'est pas une constante : c'est un attribut du type de décision. Certaines choses peuvent passer à 50 %, d'autres exigent 75 %. Et un plébiscite consensuel dispense du scrutin qui départage : cent personnes d'accord n'ont pas besoin qu'on leur désigne des perdants.

À chaque fois qu'on revient devant la même assemblée avec la même chose, le délai double. Un trimestre, puis deux, puis quatre. Aucune limite formelle, aucune proposition enterrée — et pourtant l'insistance devient impayable d'elle-même. C'est à dire à l'écran avant de proposer : ne pas proposer n'importe comment, le calendrier vous punira.

Tout en haut, l'émissaire. Il faut environ dix mille personnes de la circonscription sur une même idée pour qu'un sujet mérite d'être porté devant le député — ce qui veut dire, très concrètement, que beaucoup d'idées ne fabriquent pas beaucoup d'émissaires. Le nombre d'émissaires ne suit pas le nombre de propositions ; il suit la solidité.

5. Les cadres : la moitié choisie, la moitié plébiscitée

Celui qui porte un projet choisit la moitié de ses cadres. L'autre moitié est plébiscitée — désignée par les scores les plus élevés.

sur N cadres : choisis par le porteur = N / 2 (arrondi vers le bas) plébiscités = le reste

Le nombre est rarement pair, et c'est là que la règle se voit : l'impair va toujours au plébiscite. Une équipe de trois cadres compte donc un choisi et deux plébiscités ; une équipe de cinq, deux et trois.

Ce n'est pas une convention d'arrondi, c'est une décision : en cas d'égalité impossible, c'est la base qui l'emporte, jamais le porteur.

Sur cinq postes de cadres, deux sont choisis par le porteur et trois plébiscités par la base ; l'impair va toujours à la base.
La moitié arrondie vers le bas au porteur, tout le reste au plébiscite. Le poste en trop revient à la base — ce n'est pas un arrondi, c'est une décision.

6. On délibère entre pairs, jamais entre étages

Deux formations qui travaillent ensemble ouvrent un espace commun. La règle qui le gouverne tient en une phrase : on invite son propre étage. Un chef d'équipe convie un chef d'équipe, un centurin un centurin, un myriarque un myriarque. Jamais vers le haut, jamais vers le bas.

Sans cette règle, un myriarque pourrait ouvrir une discussion avec les chefs d'équipe d'en face et se retrouver, fort de son rang, devant des gens qu'il domine symboliquement. L'égalité d'étage est la condition d'une confrontation loyale.

Et chacun veille sur les siens

Un espace commun n'est ouvert que si chaque formation présente y a l'un de ses cadres. Pas un cadre : un par formation. Si le dernier cadre d'un groupe s'en va, les membres de ce groupe en sortent — ils pourront revenir dès qu'un autre prendra le relais.

Ce n'est pas de la confidentialité, c'est de la loyauté. Une formation prête ses militants à un travail commun ; elle ne les y laisse pas seuls face aux cadres d'une autre.

Rien n'est effacé pour autant : ce qui a été écrit reste. C'est la présence qui cesse, jamais la trace.

Deux formations face à face sur trois étages : le lien d'égal à égal entre centurins est loyal, la diagonale d'un myriarque vers un chef d'équipe est barrée. Dans la salle commune, le départ du dernier cadre de B fait sortir les membres de B, tandis que ce qui a été écrit reste.
On n'invite que son propre étage — jamais vers le haut, jamais vers le bas. Et la salle n'est ouverte que si chaque formation y a l'un de ses cadres : quand le dernier s'en va, les siens sortent, et ils reviendront dès qu'un autre prendra le relais.

Pour aller plus loin

Ces règles sont proposées par défaut : elles s'appliquent tant qu'une formation n'en a pas décidé autrement pour elle-même. Elles décrivent une doctrine, et le règlement qui en découle — pas une contrainte technique.

La Commune Légiférante est un cercle philosophique et politique — ni parti, ni mouvement. Elle propose des règles de gouvernance tirées de ce que les télécommunications rendent aujourd'hui possible ; chacun reste libre de les reprendre, de les amender, ou de ne pas les prendre. On n'y adhère pas : on en est sympathisant.