La Commune Légiférante

République 2.0 & M. Rocard

Avertissement de cadrage. Les deux objets ne sont pas du même genre — encore moins que pour le comparatif Branco.

📜 Lui (rapport « République 2.0 », 2007) :remet à une candidate à la présidentielle 94 recommandations pour une « société de la connaissance ouverte » — trois piliers : libertés, capacités, partage des ressources. Un texte qui demande à l'État de se transformer. 🌍 Nous (République 2.0, 2026) :faisons tourner le double fonctionnant de chaque instance — conseil régional 2.0, conseil départemental 2.0, circonscription 2.0 — où de vrais citoyens votent, désignent et révoquent selon la Table de Participation. Un dispositif qui ne demande rien à personne.

La comparaison se fait principe contre principe. Le rapport est aujourd'hui peu accessible en ligne ; nous ne lui prêtons rien qui ne soit documenté.

🤝 1) Ce qu'on lui doit — et c'est réel

  • 🤝 Le citoyen en amont ET en aval. Le rapport demande que le citoyen participe en amont de la décision et en aval, dans l'évaluation et le contrôle. C'est, mot pour mot, notre découpage : l'amont, c'est l'Initiative Citoyenne Remontante — les propositions qui montent de la centurie ; l'aval, c'est la veille territoriale — le contrôle continu des élus, des séances, de la presse. Nous cochons ses deux cases, dix-neuf ans plus tard.
  • 🤝 Les communs et le partage. Son troisième pilier — le partage des ressources de connaissance — est le nôtre : corpus de veille partagé, biens communs de C2.0, structure de la France visible par tous.
  • 🤝 Standards ouverts et interopérabilité. Il en fait un principe européen ; GeoMANET en fait une souveraineté : le réseau tient parce qu'il est interopérable, pas parce qu'il est fermé.
  • 🤝 Contre les brevets logiciels. Son combat documenté au Parlement européen. Même camp, sans réserve.
  • 🤝 L'inclusion numérique. Il visait 75 % des foyers connectés ; nous servons ceux qui n'ont pas d'IA (la doctrine du suffixe -mobile : les outils dégradent proprement, personne ne reste dehors).
  • 🤝 La filiation la plus profonde n'est pas dans le rapport : c'est la deuxième gauche. Rocard, c'est l'autogestion, la décentralisation, la méfiance du jacobinisme. Le pouvoir qui part de la centurie, la clé déposée en mairie plutôt que dans une base nationale, le refus de la centralisation d'identité — un rocardien reconnaîtrait la famille au premier coup d'œil.

📭 2) Champs non traités

🌍 Absents chez lui (présents chez nous)

  • 🌍 Le fonctionnement parallèle. Rien, dans le rapport, ne propose de faire tourner une instance à côté de l'instance réelle. Son horizon est la réforme de l'existant.
  • 🌍 La représentation bornée par Dunbar. Centurie, Myriade, règle de palier, distance au peuple : le rapport outille la démocratie, il ne redessine pas la maille de la représentation.
  • 🌍 La révocation et la file d'attente. Mandats révocables, rotation des émissaires, interdiction de l'installation — absents.
  • 🌍 Les LLM et la massification pair-à-pair. 2007 : le sujet n'existait pas. Toute notre couche IA — vérification jamais décisionnaire, calcul distribué chez les membres, rangs de confiance — est un terrain qu'il n'a pas pu traiter, ni en bien ni en mal.
  • 🌍 Le réseau physique souverain. MANET, radio maillée, résilience en environnement dégradé : hors de son champ.

📜 Absents chez nous (présents chez lui)

  • 📜 La politique industrielle et budgétaire d'État. Recherche publique, éducation nationale, administration électronique à l'échelle du pays : il parle depuis l'État, avec les moyens de l'État. Nous n'avons ni à les promettre ni à les distribuer.
  • 📜 Le cadre législatif national. Ses recommandations visent la loi ; notre dispositif fonctionne précisément sans elle — c'est sa définition.

⚡ 3) La ligne qui sépare

  • Réformer l'État vs faire fonctionner autre chose à côté. Chez Rocard, le citoyen mieux outillé fait entendre sa voix ; la décision reste au système représentatif, amélioré. Chez nous, le citoyen vote, désigne et révoque — la République 2.0 tourne sans demander la permission, et se laisse comparer, écran contre écran, avec l'instance réelle. C'est une divergence de nature, pas de degré.
  • Le rapport s'adresse en haut, le dispositif commence en bas. « République 2.0 » version 2007 est remis à une candidate ; version 2026, il s'installe dans une centurie. Deux directions opposées du même nom.
  • L'ouverture du code — le point où c'est nous qu'on peut interpeller. L'esprit du rapport penche vers le libre ; notre licence est aujourd'hui fermée par défaut. Réponse assumée, et elle est plus radicale que l'open source : fermé pendant la construction — puis le code n'est pas « ouvert », il est REMIS, libre, aux maires. Fermé aujourd'hui pour qu'aucun acteur plus rapide n'en dévie le potentiel de souveraineté ; confié demain aux 34 875 communes, comme la clé d'identité l'est déjà. Celui qui nous oppose le rapport de 2007 aura raison de demander le jalon — il est écrit : quand l'architecture tient debout sans nous.

🎩 4) Le clin d'œil

« République 2.0 » : Michel Rocard a donné ce nom, en 2007, à un rapport qui demandait une société de la connaissance ouverte et un citoyen présent en amont et en aval de la décision.

Nous reprenons le nom pour lui donner ce qui lui manquait : un fonctionnement. Là où le rapport proposait d'outiller la République existante, nous en faisons tourner le double — et le citoyen n'y fait pas entendre sa voix : il y vote.

Le rapport a dix-neuf ans, ses recommandations sont datées, son numérique n'est plus le nôtre. Mais la direction — libertés, capacités, partage — n'a pas pris une ride, et c'est elle qu'on salue en gardant le nom.

Sources : rapport « République 2.0 — vers une société de la connaissance ouverte », M. Rocard, avril 2007 (94 recommandations, remis à S. Royal) ; couverture Framablog, avril 2007 ; combats de M. Rocard contre la brevetabilité des logiciels au Parlement européen. Comparatif rédigé en août 2026, principe contre principe.