Adaptation Dunbar RCA

Essai — établissement de la Table de Participation des Représentants pour le maillage centrafricain. Version du 15 septembre 2026.

Combien de personnes peut-on réunir autour d'une table pour que les différentes parties d'un territoire y trouvent une voix et que la délibération reste possible ? L'adaptation centrafricaine reprend la méthode de l'Adaptation Dunbar France : les théories mobilisées, la démonstration, puis leur application aux populations et aux territoires réels.

La myriade centrafricaine réunit jusqu’à 5 000 personnes. Son représentant conserve le titre et le rang de myriarque. Cette échelle rapproche la représentation des habitants et multiplie les interlocuteurs territoriaux auprès du député.

I. Les théories mobilisées

1. La contrainte cognitive de Dunbar

Robin Dunbar établit en 1992 une corrélation entre le volume du néocortex des primates et la taille moyenne de leurs groupes sociaux, et extrapole pour l'humain un ordre de grandeur d'environ 150 relations stables — des relations où l'on sait qui est qui et quelle est la nature du lien.

Ce n'est pas un plafond de population : c'est un plafond de relations tenues personnellement. Au-delà, on ne connaît plus, on catégorise.

2. Les couches de Dunbar

Les travaux ultérieurs montrent que ce nombre n'est pas un seuil unique mais une série de couches emboîtées, séparées par un facteur d'environ trois : 5, 15, 50, 150, 500, 1 500. Chaque couche correspond à une intensité de lien décroissante. C'est ce qui autorise à parler de plusieurs seuils plutôt que d'un seul, selon ce qu'on demande au groupe : décider ensemble, débattre ensemble, ou seulement se reconnaître.

3. La loi de la racine cubique

Rein Taagepera montre en 1972 que la taille des assemblées nationales, à travers le monde et à travers le temps, tend vers la racine cubique de la population représentée. Ce n'est pas une prescription : c'est une régularité observée, que l'on interprète comme le point d'équilibre entre le coût de communication interne à l'assemblée et le coût de communication de l'assemblée vers ses représentés.

4. Le coût de coordination croît en carré

Dans un groupe de n personnes, le nombre de liens possibles est n(n−1)/2. Doubler l'assemblée quadruple le nombre de conversations à tenir. C'est le mécanisme, connu en ingénierie sous la loi de Brooks, qui explique pourquoi les grandes assemblées cessent de délibérer et se mettent à ratifier : la délibération réelle migre vers des sous-groupes.

5. Taille et démocratie : l'arbitrage de Dahl et Tufte

Robert Dahl et Edward Tufte formulent en 1973 le dilemme fondateur : plus l'unité politique est petite, plus la participation du citoyen est effective, mais moins l'unité a de capacité d'action ; plus elle est grande, l'inverse. Il n'existe pas de taille optimale unique — seulement des compromis explicites. Notre table est l'un de ces compromis, rendu visible.

6. La contradiction, qu'on ne cache pas

Le nombre de Dunbar est contesté. Une réanalyse statistique de 2021 montre que l'intervalle de confiance de l'extrapolation néocorticale est si large qu'il rend le chiffre de 150 peu robuste comme valeur numérique. Nous en prenons acte, et c'est précisément pourquoi nous n'utilisons pas 150 comme une constante de la nature, mais comme un ordre de grandeur qui borne une zone — celle où une assemblée délibère encore. Nos seuils sont calés sur des observations institutionnelles vérifiables, pas sur ce seul chiffre.

II. La démonstration

Première étape — tenir ensemble représentation et délibération.

Le modèle CoLGF retient 10 000 personnes comme plafond de référence de la représentation directe, développé dans ses essais fondateurs. Le dialogue entre représentants demande une table beaucoup plus resserrée. Le travail consiste à articuler ces deux échelles : la population portée par chacun et le nombre de personnes qui délibèrent ensemble.

Deuxième étape — établir la myriade RCA à 5 000.

Le barème français pose une référence de 10 000 et un plancher de 5 000. L'adaptation centrafricaine retient ce dernier nombre comme taille de référence : 50 centuries de 100 personnes composent une myriade de 5 000. Les myriarques exercent le même rang de représentation et disposent du même poids institutionnel dans le modèle.

Troisième étape — donner plusieurs voix au territoire.

La rencontre avec un député doit permettre aux habitants des différents bassins de vie de porter leurs préoccupations. Le nombre d'interlocuteurs suit la population de la circonscription. À 40 000 habitants, le choix de 5 000 donne huit myriades ; à 60 000, douze. La diversité des quartiers, villages, activités et conditions de vie peut ainsi trouver plusieurs porte-parole.

Quatrième étape — mesurer les différences de population.

Les circonscriptions délimitent les territoires d'élection des députés. La commune organise une autre représentation, municipale. Leurs périmètres peuvent coïncider ; leurs fonctions demeurent distinctes. La comparaison de leurs populations pose une question centrale : quelle population chaque représentant porte-t-il effectivement ?

En France, la délimitation législative repose sur des bases essentiellement démographiques. Le cadre du redécoupage de 2010 retenait un écart maximal de 20 % à la moyenne des circonscriptions du département, avec des considérations de continuité territoriale. Cette référence fournit un point de comparaison pour examiner l'équilibre centrafricain. Source : Assemblée nationale.

Cinquième étape — représenter chaque territoire.

La myriade RCA réunit jusqu'à 5 000 personnes, en centuries de 100. Chaque tranche entamée constitue une unité : la dernière centurie et la dernière myriade peuvent être incomplètes. Chaque circonscription dispose ainsi d'au moins une myriade et de son myriarque.

Les écarts de population donnent à un député davantage d'habitants à représenter dans certains territoires que dans d'autres. Le modèle respecte le découpage centrafricain. Le maintien d'une représentation propre aux espaces peu peuplés peut favoriser la ruralité, la proximité et la décentralisation ; il tient aussi compte des distances et de la présence humaine sur le territoire national.

III. Application directe au cas centrafricain

Le barème retenu

UnitéPopulation de référenceReprésentation
Centurie100Échelle de proximité
Myriade RCA5 000 — 50 centuriesMyriarque

Ce que montrent les circonscriptions documentées

Le référentiel législatif comporte 144 circonscriptions. Des populations communales 2024 y sont raccordées pour 75 d'entre elles. Sur ce périmètre documenté, la médiane atteint 36 130 habitants ; Djemah-1 compte 3 155 habitants et Bambari-1 121 279. L'écart entre ces deux valeurs est d'environ 38 à 1. Les 69 autres circonscriptions restent à compléter pour établir le tableau national.

La population médiane de 36 130 habitants correspond à 8 myriades et 362 centuries. Le nombre de myriades est arrondi à l'entier supérieur après division par 5 000 ; celui des centuries après division par 100.

TerritoirePopulationMyriadesCenturies
Djemah-13 155132
Médiane documentée36 1308362
Exemple40 0008400
Exemple60 00012600
Bambari-1121 279251213

Base : populations communales 2024 raccordées dans le référentiel législatif RCA, état consulté le 15 septembre 2026. Méthode de raccordement des populations.

Voir les calculs des 75 circonscriptions documentées
TerritoirePopulationMyriadesCenturies
ALINDAO-1ERE circo.33 7197338
ALINDAO-2EME circo.56 92412570
BABOUA-1ERE circo.53 45811535
BABOUA-2EME circo.27 8776279
BAKOUMA-1ERE circo.29 9616300
BAMBARI-1ERE circo.121 279251213
BAMBARI-2EME circo.51 42211515
BAMBARI-3EME circo.33 4857335
BAMBARI-4EME circo.18 2534183
BANGASSOU-2EME circo.34 3867344
BERBERATI-2EME circo.37 6158377
BERBERATI-3EME circo.21 9115220
BERBERATI-4EME circo.27 3526274
BOALI-1ERE circo.66 72214668
BOCARANGA-2EME circo.16 6324167
BOCARANGA-3EME circo.14 7243148
BODA-1ERE circo.71 95015720
BOGANDA-1ERE circo.20 1835202
BOGANGOLO-1ERE circo.11 8923119
BOSSANGOA-2EME circo.63 65313637
BOSSANGOA-3EME circo.28 2336283
BOSSANGOA-4EME circo.30 8147309
BOSSEMBELE-1ERE circo.64 21813643
BOUAR-2EME circo.38 8108389
BOUAR-3EME circo.30 9847310
BOUAR-4EME circo.42 8649429
BOUCA-1ERE circo.49 84910499
BOUCA-2EME circo.35 6558357
BOZOUM-1ERE circo.48 79110488
BOZOUM-2EME circo.28 4366285
BRIA-2EME circo.30 7957308
DAMARA-1ERE circo.60 99713610
DEKOA-1ERE circo.60 37913604
DJEMAH-1ERE circo.3 155132
DJOUKOU-1ERE circo.50 12911502
GAMBO-1ERE circo.33 9557340
GRIMARI-1ERE circo.52 30311524
IPPY-1ERE circo.40 0319401
IPPY-2EME circo.20 5325206
KABO-1ERE circo.16 9944170
KAGA-BANDORO-1ERE circo.81 22817813
KAGA-BANDORO-2EME circo.63 70813638
KEMBE-1ERE circo.47 29010473
KOUANGO-1ERE circo.76 85916769
KOUANGO-2EME circo.33 2037333
KOUI-1ERE circo.44 0099441
M'BAIKI-1ERE circo.25 5126256
M'BAIKI-2EME circo.56 36912564
M'BAIKI-3EME circo.36 1308362
M'BAIKI-4EME circo.26 7906268
MALA-1ERE circo.21 1525212
MARKOUNDA-1ERE circo.41 2569413
MBRES-1ERE circo.37 1968372
MOBAYE-1ERE circo.24 4565245
MOBAYE-2EME circo.60 15813602
MOBAYE-3EME circo.38 6368387
MOBOMA-1ERE circo.25 8246259
MONGOUMBA-1ERE circo.34 4047345
NANGA-BOGUILA-1ERE circo.41 5269416
NDELE-1ERE circo.68 14014682
NDELE-2EME circo.6 240263
NGAOUNDAYE-1ERE circo.62 96213630
NOLA-3EME circo.28 0876281
OBO-1ERE circo.16 5884166
OUADDA-1ERE circo.10 0503101
OUANGO-2EME circo.35 6958357
PAOUA-1ERE circo.117 102241172
PAOUA-2EME circo.93 06919931
SIBUT-1ERE circo.65 87714659
TALEY-2EME circo.30 6427307
YALINGA-1ERE circo.6 093261
YALOKE-1ERE circo.38 9668390
YALOKE-2EME circo.49 82510499
ZANGBA-1ERE circo.52 57211526
ZEMIO-1ERE circo.32 1627322
Les Émissaires : porter l'ordre du jour

La doctrine commune fixe l'ordre des opérations : les citoyens votent d'abord le sujet à faire remonter, puis plébiscitent les personnes qui le porteront. L'Émissaire est attaché à ce sujet ; les compétences concernées et la rotation des porteurs organisent le travail. Le myriarque conserve sa fonction de représentation à l'échelle de sa myriade.

IV. D'où vient cette table, et où elle va

L'adaptation centrafricaine prolonge les travaux sur la représentativité, la chaîne de responsabilité humaine et l'Initiative Citoyenne Remontante présentés dans les essais M.S.Y. et dans la CoLGF. Elle suit la même méthode que le modèle français : rendre visibles les tailles des groupes, les mandats et les conditions concrètes de délibération.

Son terrain d'application appelle des échanges légers sur téléphone, des points de rencontre proches et une continuité du travail malgré les interruptions de connexion. La perspective d'un réseau Wi-Fi local résilient, portée par GeoMANET, rejoint cette recherche de proximité : permettre à la délibération de tenir dans les communautés et les machines du réseau.

V. Qui est plébiscité, et comment — les scrutins par rôle

Une échelle de représentation n'existe que par les votes qui la peuplent. Plutôt que d'inventer une mécanique de plus, chaque plébiscite reprend ici la recommandation déjà établie dans (MSY, Essai #4) : au type de question, son type de scrutin.

Deux temps, toujours dans le même ordre : on vote d'abord ce qui monte — l'ordre du jour — puis qui le porte. Et les porteurs permanents des communautés — Tribun ou Tribune pour la Formation, Centurin ou Centurine pour la Centurie, Myriarque pour la Myriade — sont eux aussi plébiscités, chacun par le scrutin qui convient à la taille et à la nature de son corps électif.

VoteScrutinPourquoi celui-là
L'ordre du jour
quel sujet monte
STAR (notes 0–5, puis duel automatique des deux premières) C'est une priorisation où l'intensité compte — le cas « arbitrage d'intensité » de l'essai. Un tour, explicable, anti-« vote utile ».
Les Émissaires
porteurs du sujet arrêté
Approbation (j'approuve autant de candidats que je veux) Le cas « présélection rapide, un tour ». Les candidats des alvéoles concernées sont proposés par défaut ; la compétence déclarée donne une priorité morale, jamais une exclusivité.
Tribun / Tribune
porteur d'une Formation (2–100)
Jugement Majoritaire ; simple Approbation sous une quinzaine de membres Un gagnant, et la mention médiane mesure l'acceptabilité plutôt que le fan-club. Dans une formation de trois, cinq mentions seraient lourdes : l'approbation suffit.
Centurin / Centurine
porteur d'une Centurie (100)
Jugement Majoritaire Cent personnes, un gagnant : la médiane résiste à la contestation procédurale, et le dépouillement s'audite.
Myriarques
porteurs d'une Myriade RCA (5 000)
Sièges répartis entre groupes au plus fort reste, puis chaque groupe élit les siens : Jugement Majoritaire à un siège, repondération type Phragmén au-delà La proportionnelle décide du combien par groupe ; le scrutin interne décide du qui. Une minorité ne se contente pas d'être visible : elle siège.
Textes et variantes
décision finale sur un contenu
Jugement Majoritaire ; Condorcet (Schulze) s'il faut classer plusieurs variantes Les recommandations par défaut de l'essai : acceptabilité pour trancher, duels par paires pour ordonner sans effet spoiler.
Une cohérence qu'on n'a pas eu à fabriquer : le vote de sauvetage de la file des Émissaires — replacer le sortant à 75, 50, 25 ou 5 % de la file, moyenne des votes — est déjà, dans sa forme, un vote par Score. La doctrine des scrutins s'appliquait ici avant d'être relue.

Bibliographie

Écrits fondateurs (GeoMANET / M.S.Y.)

Références académiques et légales

  • Dunbar, R. I. M. (1992). « Neocortex size as a constraint on group size in primates ». Journal of Human Evolution, 22(6), 469-493. — L'article fondateur : la corrélation néocortex/taille de groupe.
  • Dunbar, R. I. M. (1993). « Coevolution of neocortical size, group size and language in humans ». Behavioral and Brain Sciences, 16(4), 681-694. — L'extension au langage comme technologie de cohésion.
  • Zhou, W.-X., Sornette, D., Hill, R. A. & Dunbar, R. I. M. (2005). « Discrete hierarchical organization of social group sizes ». Proceedings of the Royal Society B, 272(1561), 439-444. — Les couches emboîtées et le facteur d'échelle d'environ trois.
  • Lindenfors, P., Wartel, A. & Lind, J. (2021). « "Dunbar's number" deconstructed ». Biology Letters, 17(5). — La critique statistique de l'extrapolation. À lire avant d'utiliser 150 comme une constante.
  • Taagepera, R. (1972). « The size of national assemblies ». Social Science Research, 1(4), 385-401. — L'origine de la loi de la racine cubique.
  • Taagepera, R. & Shugart, M. S. (1989). Seats and Votes: The Effects and Determinants of Electoral Systems. Yale University Press. — La formalisation d'ensemble.
  • Dahl, R. A. & Tufte, E. R. (1973). Size and Democracy. Stanford University Press. — L'arbitrage entre participation effective et capacité d'action.
  • Miller, G. A. (1956). « The magical number seven, plus or minus two ». Psychological Review, 63(2), 81-97. — La borne basse, celle des petits comités.
  • Brooks, F. P. (1975). The Mythical Man-Month. Addison-Wesley. — Le coût de coordination en n(n−1)/2.